En février dernier, Sharon Franco attrape la COVID-19. Enceinte de 24 semaines, elle ne se doutait pas de l’épreuve qui allait se dresser devant elle.

Sharon est agente de gestion au service de la formation depuis deux ans. Elle travaille à l’IUSMM depuis 2013, où elle a débuté dans les cuisines et ensuite comme agente administrative pendant ses études.

Après la naissance de sa fille, il y a quatre ans, elle a terminé son baccalauréat en gestion à HEC. Elle a pu ainsi décrocher un poste dans l’équipe de la formation.

Quand tout a commencé

Alors qu’on parlait déjà de vaccination des groupes prioritaires, Sharon baissait ses gardes quant à la COVID-19. «J’en était rendue à penser que c’était juste une grippe. Je me disais que si on l’attrapait, on passerait facilement au travers parce qu’on est jeune et en santé. Je n’avais plus peur de la COVID», se souvient la jeune femme de 31 ans.

Fin février, sa fille revient de la garderie avec un rhume. «C’était le quatrième depuis le début de la pandémie. Un peu de congestion, une petite toux. Je ne m’inquiétais pas», se rappelle la jeune mère. Le lendemain, elle-même ressent un léger mal de gorge. Après les deux nuits difficiles que la petite lui a fait subir, elle trouvait normal de se sentir plus fatiguée.

Ce matin-là, Sharon animait une formation à distance. Plus la formation avançait, plus elle était essoufflée. Elle peinait à terminer ses phrases. Enceinte de 24 semaines, elle a commencé à s’inquiéter. Après avoir demandé à un collègue de prendre la relève, elle appelle la ligne Info-COVID. «À peine une heure plus tard, j’avais rendez-vous pour un dépistage. C’était mon premier dépistage depuis le début de la pandémie», raconte-t-elle.

Le verdict tombe, avec celui de sa fille. Positif. Le test de son mari sort curieusement négatif. La fille de Sharon n’a plus du tout de symptômes. Pour elle, la toux et l’essoufflement s’intensifient. Elle perd l’odorat, le goût. La fièvre se met de la partie.

L’épreuve de la COVID

«J’avais peur de la fièvre puisque j’étais enceinte. Je suis allée consulter une première fois. On a fait des tests et tout était normal. Donc, on m’a dit de me reposer à la maison», raconte Sharon. Chaque jour, les symptômes persistaient.

Comme il n’y avait aucune amélioration de son état, après consultation avec le 811, on lui suggère de se présenter à l’urgence. Déshydratée, on l’a met sous observation. Les tests reviennent rassurants. «J’ai parlé à mon médecin une fois de retour à la maison. Elle m’a prescrit des pompes en me disant que dans trois jours, ça irait mieux.»

Sharon est restée avec ce délai de trois jours comme échéancier pour aller mieux. Mais son état empirait. «Pendant la nuit, j’ai fait une crise respiratoire. Je n’arrivais plus à respirer. Les pompes aidaient momentanément.» Après les trois jours, aucune amélioration de son état. «J’étais incapable de bouger, de manger, de parler. C’était trop d’effort. J’étouffais à rien.»

En pleine nuit, elle s’est réveillée en disant à son mari d’appeler l’ambulance. «Je me souviens de lui avoir dit que je ne passerais pas la nuit.» Les premiers répondants arrivent en deux minutes. On lui a donné de l’oxygène. «J’ai pensé revivre. Mais ma saturation, même avec le masque à oxygène, ne dépassait pas 82%.»

Hospitalisée trois semaines

En arrivant à l’hôpital, on lui a fait une radiographie des poumons. «J’avais tellement peur pour mon bébé. On m’a protégé. Mais on dit toujours que les radiographies, faut pas en faire enceinte…»

L’équipe médicale a été rassurante, mais il fallait agir. «On m’a informé qu’on devait m’intuber parce que je ne respirais pas assez par moi-même pour nourrir mon bébé et moi en oxygène. On allait aussi me transférer au Royal-Victoria, là où les femmes enceintes atteintes de la COVID-19 étaient hospitalisées», dit-elle, le regard encore affolé de l’épreuve.

«J’ai juste eu le temps d’appeler mon mari pour lui dire. À 2h du matin, on me transférait à l’Hôpital Royal-Victoria, intubée, enceinte.»

Ses symptômes ont commencé le 22 février. Le 11 mars, sa capacité à respirer par elle-même était à 30%. «J’étais à 26 semaines de grossesse. On a dit à mon mari que si je ne répondais pas au traitement dans les 24 prochaines heures, on allait devoir augmenter les traitements et faire une césarienne d’urgence pour sortir le bébé qui ne survivrait pas à la médication du prochain traitement.»

Entourée d’une équipe de 19 médecins, Sharon était la femme enceinte la plus malade de la COVID jamais hospitalisée. «On voulait me sauver et sauver mon bébé. Ce soir-là, mon mari est venu me visiter. Il avait droit à 15 minutes par jour. Il m’a dit que je devais me battre pour mes filles.»

En 24 heures, Sharon a répondu au traitement. Quelques jours plus tard, elle était réveillée et extubée. Un miracle selon l’équipe médicale. «On m’a dit que très peu de gens reviennent de l’état dans lequel j’étais», affirme-t-elle, encore redevable du travail de l’équipe qui l’a soignée. Le 15 mars, elle est extubée et sortie des soins intensifs.

Sortie d’affaire… mais pas tout à fait

Sharon est sortie des soins intensifs et peut se lever pour aller à la toilette. «J’ai eu une césarienne pour mon premier bébé, je sais c’est quoi. Et se lever après une intubation, c’est plus difficile qu’une césarienne. Après quelques jours, j’ai réussi à aller à la toilette avec une marchette. J’avais beaucoup de difficultés à bouger. Tous mes muscles étaient douloureux», se souvient-elle

Le 22 mars, Sharon est transférée à la maternité. Il fallait maintenant s’occuper du bébé. Si elle allait mieux, on ne savait toujours pas comment le bébé avait pris les deux dernières semaines… «On a fait une batterie de tests et on m’a annoncé que ma fille avait un retard de croissance. Le bébé avait arrêté de grandir. On décelait aussi une microencéphalie», explique Sharon, encore secouée par cette nouvelle. La microencéphalie est une grandeur anormale de la tête, comme on peut voir chez les bébés dont la mère a été infectée par le virus Zika.

«Mon bébé était parfait à l’échographie de 20 semaines! Je n’arrivais pas à croire qu’elle avait dû subir tout ça. J’étais dévastée. On a même eu une rencontre avec un généticien qui nous a demandé si on était prêt à garder le bébé. J’entendais son coeur, je la sentais bouger. Il n’était pas question de ne pas avoir ce bébé là. On allait l’accueillir comme elle est.»

Repos complet

Le 31 mars, après trois semaines, Sharon quitte l’hôpital, sans oxygène. Les résultats étaient satisfaisants, mais il fallait manger pour redonner le plus possible au bébé. «J’étais contente de voir ma fille. Je ne l’avais pas vu depuis presque un mois! Mais j’étais encore très essoufflée avec une toux et une grande fatigue. J’avais encore de la difficulté à marcher», se rappelle Sharon.

Le bébé était encore petit, mais elle avait repris son retard de développement. «C’est comme si, pendant que j’étais malade, elle avait arrêté de grandir pour me laisser combattre la COVID. On a passé à travers cette épreuve ensemble, elle et moi», ajoute Sharon, émotive.

Sharon était prête à retourner travailler, mais son médecin lui a demandé un repos complet pour s’assurer qu’elle serait en forme pour l’accouchement et pour éviter les complications avec le bébé. Si elle devait avoir une césarienne le 8 juin, elle a été déclenchée par césarienne d’urgence le 27 mai, quelques jours après avoir reçu la première dose du vaccin.

La petite est venue au monde en pleine santé. Un grand soulagement pour toute la famille. «On est chanceux au Québec. Toute cette histoire aurait coûté très cher si j’avais été dans un autre pays», affirme-t-elle, ajoutant que son hospitalisation se chiffrait à près de 300 000$.

La nécessaire vaccination

Encore aujourd’hui, Sharon ne sort pas beaucoup de chez elle. «On ne voit presque personne. Je suis encore craintive de la COVID. Je serai moins nerveuse lorsque mon bébé aura ses premiers vaccins. Et je vais prendre la deuxième dose du vaccin contre la COVID pour la protéger à travers l’allaitement», pense Sharon. Elle craint que son système immunitaire soit plus fragile.

«Cet hiver, je n’étais pas certaine de me faire vacciner. Je n’avais pas confiance. Mais les trois semaines et demi à l’hôpital m’ont convaincu des avantages de la vaccination. J’encourage les gens à y aller, les femmes enceintes aussi.»

D’ailleurs, son histoire a fait en sorte que son équipe a été très proactive dans la vaccination. «Mon équipe a été formidable. J’ai reçu des messages d’encouragement. Ils me demandaient souvent comment j’allais, prenaient des nouvelles», affirme Sharon. Elle mentionne aussi que son équipe a été secouée et n’a pas hésité à se faire vacciner dès que ç’a été leur tour.

Pour l’avoir vécu, Sharon confirme… La COVID, ce n’est pas juste une grippe…

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