Ils sont les spécialistes du maintien de la respiration. Et en temps de pandémie dont les symptômes sont souvent pulmonaires, ils sont au front, eux aussi. Je les ai suivis dans plusieurs fonctions lors d’un quart de soir à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

15h. Au 11e étage, les inhalothérapeutes blaguent et s’encouragent en ce début de quart de soir. L’équipe de jour transfère les informations à l’équipe de soir. On s’assure de faire le suivi sur les dossiers, on s’informe sur un patient qu’on a soigné la veille.

Les petites victoires de la néonatalogie

Luc Bardier, coordonnateur clinique en inhalothérapie, me propose de commencer ma tournée avec Isabelle Cantin, assignée à la néonatalogie, avec le stagiaire en troisième année, Saka Mouloud. «Il y a beaucoup de petites victoires en néonatalogie, plus que dans les soins aux adultes, je trouve. Si les bébés peuvent aller mal rapidement, ils s’en sortent souvent très bien!», explique Isabelle à notre entrée dans l’unité.

Elle fait le tour des incubateurs, s’assure que tous les bébés respirent bien, que les appareils tiennent bien en place. Elle leur parle aussi. Les yeux sous un énorme collant noircissant, un bébé est sous les lampes de photothérapie. Mouloud s’approche pour remettre l’appareil de respiration en place. Ses petits mouvements saccadés démontrent que le bébé avait un peu de difficulté à respirer. Il se calme dès l’appareil replacé adéquatement.

On entend un cri. Pas très usuel à la néonatalogie où les bébés sont habituellement pas très volubiles. «Ce cri signifie qu’il va bien. Quand on entend un bébé pleurer fort ici, ça veut dire qu’il va probablement sortir bientôt!», explique Isabelle.

J’aime travailler à HMR parce qu’on fait plein de choses. Je peux passer de la gériatrie avec un monsieur de 100 ans à un prématuré.

Isabelle Cantin, inhalothérapeute

Travail d’équipe aux soins intensifs

Je redescends avec Isabelle, jusqu’aux soins intensifs. «Quand on est sur l’appel d’un code bleu (arrêt cardio-respiratoire), on descend ces escaliers rapidement. Des fois, ça donne des étourdissements!», blague Isabelle. On peut dire qu’à se promener dans l’hôpital toute la journée, les inhalothérapeutes en parcourent de la distance!

L’ambiance feutrée des soins intensifs impressionne. Je dois avouer que je n’étais jamais entrée avant de suivre Vincent Deschênes. À mon arrivée, il s’assure que le respirateur fonctionne bien pour un patient dans une salle d’isolement. «On a une machine défectueuse dans le 6. Il faut faire des tests», dit-il. Isabelle propose d’emblée son aide. Au même moment, Gabrielle Lauzier et Claudine Cadotte arrivent en renfort. Isabelle retourne en néonatalogie et les deux filles proposent leur aide pour faire les tests.

Il faut déménager un patient pour faciliter le travail des infirmières. Ainsi, la machine est testée dans la nouvelle chambre. «On travaille avec des patients, mais c’est aussi beaucoup de gestion de matériel. Il faut toujours s’assurer que les machines soient fonctionnelles, qu’on a du matériel prêt à être utilisé en tout temps», explique Gabrielle.

Dès qu’une machine termine son travail, elle est nettoyée et préparée pour la prochaine utilisation. «On doit toujours avoir cinq ou six respirateurs prêts. On pourrait avoir six admissions d’un coup. On ne sait jamais. Il faut être prêt», explique-t-elle.

Maintenir les patients en vie

Le déménagement du patient demande la mobilisation des infirmières et des inhalothérapeutes. «C’était un beau travail d’équipe ça!», remercie Vincent. «Le déménagement d’un patient aurait pris beaucoup plus de temps si j’avais été seul. C’était une priorité et on a réussi à le faire rapidement.»

Vincent m’explique davantage son rôle aux soins intensifs. «À l’urgence, on stabilise le patient. Aux soins intensifs, on assure le maintient de la respiration. Le but est de retirer les machines pour que les patients puissent respirer par eux-mêmes.» Dès qu’un patient est ventilé, il reçoit une visite de l’inhalothérapeute toutes les deux heures.

À l’affût en tout temps

Pour Vincent, un inhalothérapeute doit être assez débrouillard. «Nous ne sommes pas beaucoup dans l’hôpital. C’est un gros défi de répondre à tous les besoins», explique-t-il. D’ailleurs, Vincent explique que la pandémie a divisé l’hôpital en terme de ressources. Derrière une cloison étanche ajoutée durant la première vague, des infirmières et une inhalothérapeute soignent les patients atteints de la COVID-19.

Je regarde par la petite fenêtre de la porte… Dr François Marquis, intensiviste, arrive derrière moi. «Ils ne te laissent pas entrer?» Négatif. J’avoue que je n’y tiens pas. «Je ne souhaite pas y aller…» Il me répond, sourire aux lèvres : «Tu n’aimes pas vivre dangereusement?» J’ai ri. Pas vraiment, non. Ça m’a fait encore plus réaliser à quel point ces soignants ont le cœur au ventre de s’exposer à la COVID-19, à faire face à la pandémie chaque jour pour continuer de soigner les gens, après plus de huit mois.

Même si ça semble tranquille aux soins intensifs, Vincent ne peut pas décider d’aller prendre un café, de baisser sa garde. «Quand ça ne va pas bien pour un patient aux soins intensifs, c’est une question de vie ou de mort en quelques minutes. On est de garde en tout temps.»

Et justement au moment où l’explique, le téléphone sonne. Son soutien est demandé à l’unité coronarienne. Stat. Un patient intubé a des difficultés respiratoires. Son tube aurait bougé. Il est agité. Vincent travaille à replacer le tube. Imaginez avoir ce grand tube jusqu’aux poumons! Je dois avouer que j’en ai eu des frissons. Le médecin résident arrive, tente de rassurer le patient. Définitivement, ce moment a été difficile à regarder. Il faut être solide pour soigner!

Le calme de l’urgence

Même si l’urgence est bondée en ce mercredi soir, Deyna François-Juste reste calme. Inhalothérapeute depuis un et demi, elle se promène entre les salles de l’urgence pour évaluer et surveiller la respiration des patients. Elle note tout au dossier pour s’assurer d’un suivi. «Pour l’instant, c’est tranquille. Mais à l’urgence, on ne sait jamais comment la minute suivante va se dérouler. Il faut être toujours prêt à intervenir.»

Justement, au même moment, on entend «Attention, attention, CODE BLEU aux soins intensifs». Si Deyna doit rester à l’urgence, je sais que Vincent, Isabelle et toute l’équipe des inhalothérapeutes sera dépêchée sur place. C’est une question de vie ou de mort.

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