Elle n’a jamais été baptisée, contrairement à tous les autres bâtiments de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. Cette tour en briques rouges a longtemps stimulé l’imaginaire de la population locale. Dans les années 1960, le terrain de Saint-Jean-de-Dieu, ville autonome incluant l’hôpital, regorgeait d’arbres fruitiers. Et les enfants du quartier adoraient s’échanger des marrons.

Ainsi, il fallait être brave pour s’aventurer près de la tour des monstres pour aller chercher des marrons. À leur retour hors des clôtures de l’hôpital, les enfants pouvaient raconter ce qu’ils avaient vu : des ombres de têtes difformes, des prisonniers fous attachés ou enfermés dans des cages. C’est qu’ils avaient l’imagination fertile!


Construite en 1897, la tour est en fait un château d’eau, un réservoir de 100 000 gallons d’eau qui était utilisé par les Sœurs de la Providence pour augmenter la pression dans les canalisations et arroser les nombreuses cultures maraîchères sur le terrain. Les Soeurs de la Providence est une congrégation catholique, fondée en 1843 par Émilie Gamelin, qui a répondu aux besoins des personnes pauvres, malades et marginalisés.

Aujourd’hui, ces milliers de gallons d’eau chaude sont voués à l’usage domestique, comme les bains, les douches et pour laver la vaisselle de l’Institut. Quand on pense qu’un chauffe-eau domestique a entre 40 et 60 gallons d’eau, on peut imaginer l’ampleur de ce chauffe-eau gigantesque!

Si un ascenseur arrive jusqu’au deuxième étage de la tour, abritant les services techniques, monter tout en haut demande une bonne forme physique et une appréciation des hauteurs… J’ai arrêté mon ascension au sixième de huit étages, avant la dernière échelle qui mène au sommet vers le dessus de la cuve. Je peux vous dire qu’il fait chaud rendu tout près du réservoir!

Aujourd’hui, cette tour de huit étages démontre l’autosuffisance de Saint-Jean-de-Dieu et reste un emblème du site de l’Institut.